Le matin du 6 juillet (UTC+8), l’or au comptant a poursuivi sa dynamique haussière, franchissant la barre des 4 200 $ l’once en séance et progressant de plus de 0,6 %. Au moment de la publication, l’or au comptant s’échangeait à 4 189,54 $ l’once. Au cours de la semaine précédente, l’or a fortement rebondi après quatre semaines consécutives de baisse, enregistrant une hausse hebdomadaire de plus de 2 %.
L’argent a également affiché une performance remarquable. Au 6 juillet, l’argent au comptant était coté à 61,8 $ l’once, après avoir atteint un plus haut intraday de 63,25 $. La semaine dernière (du 29 juin au 5 juillet), l’argent au comptant a bondi d’environ 5,52 %, mettant fin à plusieurs semaines de correction antérieure.
Pourquoi les métaux précieux ont-ils rebondi collectivement lors de ce cycle ? Ce rebond s’agit-il d’une reprise technique à court terme ou d’un véritable retournement de tendance ? Que révèle la divergence de performance entre l’or et le Bitcoin face aux mêmes chocs macroéconomiques sur les stratégies d’allocation d’actifs ?
Comment la faiblesse des chiffres de l’emploi non agricole façonne les anticipations de hausse des taux de la Fed
Le catalyseur le plus direct de ce rallye des métaux précieux a été la publication, le 2 juillet, des chiffres de l’emploi non agricole américain pour le mois de juin. Selon le Bureau of Labor Statistics des États-Unis, seuls 57 000 nouveaux emplois ont été créés en juin, bien en deçà des attentes du marché qui tablaient sur 115 000. Après révisions, les deux mois précédents affichent une réduction cumulée de 74 000 emplois. Bien que le taux de chômage soit passé de 4,3 % à 4,2 %, cela s’explique principalement par une contraction de la population active — la participation des 25-34 ans a chuté de 700 000 en un mois.
Ces données sont déterminantes pour l’or car elles ont profondément modifié les anticipations du marché quant à la trajectoire de la politique monétaire de la Fed. Durant le premier semestre 2026, les anticipations concernant la trajectoire de hausse des taux de la Fed ont connu plusieurs inflexions. La faiblesse des chiffres de juin a porté un coup sérieux au scénario, jusque-là dominant, d’une reprise du cycle de hausses.
D’après le CME "FedWatch", la probabilité que la Fed maintienne ses taux inchangés lors de la réunion de juillet s’élève à 82,4 %, contre seulement 17,6 % pour une hausse de 25 points de base. Les marchés de swaps indiquent que la probabilité d’une hausse lors de la prochaine réunion est passée d’un tiers en début de semaine à 18 %. Le marché table désormais sur une probabilité de 52 % d’une hausse en septembre, contre 64 % la veille.
Le reflux des anticipations de hausse des taux influe sur le cours de l’or via deux canaux principaux : d’abord, le canal des taux d’intérêt réels — l’or, actif sans rendement, voit son coût de port directement lié aux taux réels. Des anticipations de hausse plus faibles font baisser les taux nominaux, les taux réels suivent, et l’attrait de l’or s’en trouve renforcé. Ensuite, le canal du taux de change du dollar — la perspective d’une Fed moins agressive affaiblit l’avantage de rendement du dollar, exerçant une pression sur l’indice dollar. L’or coté en dollars devient alors moins cher pour les détenteurs de devises non-dollar.
Comment les risques géopolitiques offrent un soutien de prime aux métaux précieux
Si les chiffres de l’emploi non agricole ont servi de "déclencheur" à ce rebond, les risques géopolitiques constituent la logique sous-jacente qui continue d’apporter un soutien de prime aux métaux précieux.
Le "Bilan semestriel 2026 du marché mondial de l’or" du World Gold Council, publié le 1er juillet, souligne que la principale force motrice des prix de l’or au premier semestre a été la montée des risques géopolitiques, avec une influence particulière des tensions entre les États-Unis et l’Iran. L’enchevêtrement des négociations de cessez-le-feu, du contrôle du détroit d’Hormuz et des tensions politiques et économiques internes aux États-Unis crée un scénario macroéconomique de référence, offrant un socle solide à l’or.
Les risques géopolitiques n’ont pas faibli à l’entame de juillet. L’ambassadeur d’Iran en Chine a confirmé l’intention de Téhéran d’imposer de nouveaux frais de service aux navires transitant par le détroit d’Hormuz. Le président du Parlement iranien a déclaré que l’Iran ne négocierait pas d’accord final avec les États-Unis tant que chaque clause du protocole d’accord ne serait pas appliquée. Ces développements témoignent de la persistance de l’incertitude au Moyen-Orient.
Le risque géopolitique soutient l’or de deux façons : d’une part, il déclenche directement une demande de valeur refuge, orientant les capitaux vers l’or et d’autres actifs sûrs ; d’autre part, il alimente indirectement les craintes d’inflation via la transmission des prix de l’énergie, ce qui peut influencer la trajectoire monétaire de la Fed. Pour le second semestre, la volatilité géopolitique persistante devrait maintenir l’or dans une large fourchette de fluctuation.
Pourquoi l’or et le Bitcoin divergent face aux mêmes chocs macroéconomiques
Le 3 juillet, le marché des cryptomonnaies a également connu un rebond. Le Bitcoin est passé d’un plus bas de 59 776 $ à 61 507 $. Au 6 juillet, le Bitcoin avait franchi les 63 000 $. Les anticipations d’une liquidité plus abondante ont également soutenu l’appétit pour le risque.
Cependant, la réaction des cours de l’or et du Bitcoin face aux mêmes chocs macroéconomiques met en lumière la différence fondamentale de leur rôle sur les marchés. Depuis 2026, la divergence entre Bitcoin et or s’est accentuée — le Bitcoin affiche une baisse d’environ 28 % depuis le début de l’année, contre seulement 3,9 % pour l’or.
L’origine de cette divergence réside dans la différence de nature de leur statut de valeur refuge. L’or est la "devise refuge" par excellence, performant lors des conflits géopolitiques, guerres ou crises systémiques. Le Bitcoin, à l’inverse, se comporte davantage comme un "actif à bêta élevé" ou un instrument sensible à la liquidité, très corrélé à l’appétit pour le risque et aux actions américaines, chutant souvent avec les marchés actions en période de panique. Comme le soulignent certains analystes, "en période de stress et d’incertitude, la préférence pour la liquidité domine, ce qui pénalise bien plus le Bitcoin que l’or".
La corrélation glissante sur un an entre l’or et le Bitcoin est devenue négative en février 2026, tombant à -0,17. Cela signifie que les deux actifs ne réagissent plus aux mêmes thèmes macroéconomiques, offrant ainsi une véritable diversification.
Pourquoi l’argent se montre plus résistant lors de ce rebond
L’argent a surperformé l’or lors de ce rebond, avec une hausse hebdomadaire de 5,52 %, contre 2,16 % pour l’or. Cette résilience supérieure s’explique par la double identité de l’argent, à la fois actif financier et industriel.
Sur le plan financier, l’argent est fortement corrélé à l’or, tous deux relevant de la catégorie des métaux précieux refuges. Les anticipations de politique monétaire de la Fed sont tout aussi déterminantes pour l’argent. Un dollar plus faible et des anticipations de hausse de taux en repli offrent également un soutien à la hausse.
Sur le plan industriel, la large utilisation de l’argent dans le photovoltaïque, les véhicules à nouvelles énergies et l’électronique rend son prix très sensible à l’évolution de la demande industrielle. Le marché mondial de l’argent est en déficit offre-demande depuis plusieurs années consécutives, et 2026 devrait rester structurellement tendu. Bien que ce déficit se réduise, les fondamentaux continuent d’offrir un plancher aux prix de l’argent.
Le recul du ratio or/argent (prix de l’or/prix de l’argent) est également à noter. Alors que ce ratio passe sous 67, l’argent franchit la barre des 62 $. La logique de retour à la moyenne du ratio or/argent — lorsque la hausse de l’or dépasse celle de l’argent, les capitaux se reportent sur l’argent jugé sous-évalué — explique aussi la résilience supérieure de l’argent à court terme.
Comment les achats d’or des banques centrales et les anticipations institutionnelles construisent un plancher de prix
Avant ce rebond, l’or a traversé un premier semestre difficile — chutant fortement d’un sommet de 5 405 $ en janvier à un creux de 4 002 $ en juin, soit une baisse d’environ 7 % depuis le début de l’année, avec une volatilité moyenne portée à 30 %.
Pourtant, deux facteurs structurels contribuent à établir un plancher pour l’or.
Le premier est la poursuite des achats d’or par les banques centrales. Une enquête du World Gold Council montre que les banques centrales considèrent de plus en plus l’or comme un outil de couverture contre les crises financières, l’inflation et les risques géopolitiques, près de 90 % des répondants anticipant une hausse des réserves mondiales d’or des banques centrales dans l’année à venir. Selon CNBC, ces achats offrent un solide plancher autour de 3 900 $. Dans une enquête menée auprès de 74 banques centrales, 64 % s’attendent à ce que le prix de l’or dépasse 5 000 $ l’once d’ici juin prochain.
Le second facteur est l’optimisme institutionnel à long terme sur l’or. State Street Global prévoit que l’or pourrait atteindre 5 500 $ au premier trimestre 2027. CITIC Securities souligne que l’or et les actions aurifères ont été fortement survendus depuis le conflit États-Unis/Iran, anticipant une fourchette de 4 000–4 500 $ l’once au troisième trimestre 2026. Goldman Sachs estime que "le rallye de l’or n’est pas terminé", qualifiant la récente faiblesse de quatre mois de phase de consolidation après un bond de 123 % depuis 2022.
Position technique et divergence de marché sur l’or
Bien que l’or ait nettement rebondi depuis son creux de juin, les indicateurs techniques témoignent d’une persistance des divergences de marché.
Techniquement, l’or bénéficie d’un soutien au-dessus de la moyenne mobile simple (SMA) à 21 jours, mais l’indice de force relative (RSI) journalier reste baissier. L’or évolue toujours sous la SMA à 50 jours (environ 4 392 $), la SMA à 200 jours (environ 4 488 $) et la SMA à 100 jours (environ 4 628 $), avec de nombreuses résistances à franchir. Par ailleurs, la SMA à 50 jours a croisé sous la SMA à 200 jours à la clôture hebdomadaire, formant un "croisement de la mort" qui entretient l’espoir des vendeurs.
Le cœur du débat entre acheteurs et vendeurs porte sur la nature de ce rebond : s’agit-il d’un retournement de tendance ou d’une simple correction technique dans une dynamique baissière ? Les acheteurs avancent que la faiblesse des chiffres de l’emploi, conjuguée à la prime de risque géopolitique et à la correction complète des anticipations de hausse des taux, pourrait ramener l’or vers 4 500–5 000 $ l’once. Les vendeurs rétorquent que les avoirs en ETF or restent très supérieurs aux niveaux justifiés par la trajectoire des taux, avec un écart pouvant atteindre 10 % — un niveau observé pour la dernière fois pendant la pandémie en 2020 et lors du conflit Russie-Ukraine en 2022. En cas d’inversion du sentiment, le débouclage des positions pourrait entraîner de nouveaux replis.
À court terme, la capacité de l’or à se maintenir au-dessus de 4 200 $ dépendra de l’évolution du dollar, de la situation au Moyen-Orient et des prochaines données économiques venant confirmer ou infirmer les anticipations de hausse des taux.
Synthèse
L’or au comptant s’approche des 4 200 $, en hausse de 2,16 % sur la semaine, tandis que l’argent au comptant bondit de 5,52 %. Ce rallye marqué des métaux précieux repose sur deux facteurs majeurs : la faiblesse des chiffres de l’emploi américain de juin a nettement refroidi les anticipations de hausse des taux de la Fed, ouvrant la voie à une hausse de l’or via la baisse des taux réels et du dollar ; parallèlement, les risques géopolitiques persistants — notamment dans le détroit d’Hormuz — continuent d’apporter une prime refuge.
À noter, la divergence entre l’or et le Bitcoin face aux mêmes chocs macroéconomiques se poursuit : l’or, valeur refuge classique, profite de l’incertitude, tandis que le Bitcoin conserve une forte volatilité d’actif risqué, leur corrélation glissante sur un an étant désormais négative. L’argent, grâce à sa double dimension financière et industrielle, fait preuve d’une résilience encore supérieure lors de ce rebond.
Les achats d’or soutenus par les banques centrales et l’optimisme institutionnel à long terme offrent un soutien structurel au plancher du cours de l’or, mais les résistances techniques demeurent nombreuses et la divergence de marché persiste. La capacité de l’or à se maintenir durablement au-dessus de 4 200 $ et à libérer un potentiel haussier supplémentaire dépendra de signaux macroéconomiques additionnels.
FAQ
Q1 : Quels sont les principaux moteurs du rallye actuel de l’or au comptant ?
Le rebond est principalement porté par deux facteurs : d’abord, les chiffres de l’emploi non agricole américain de juin, très inférieurs aux attentes (seulement 57 000 nouveaux emplois), ont nettement refroidi les anticipations de hausse des taux de la Fed, ouvrant la voie à une hausse de l’or via la baisse des taux réels et de l’indice dollar. Ensuite, les risques géopolitiques persistants — notamment dans le détroit d’Hormuz — continuent d’apporter une prime refuge à l’or.
Q2 : Pourquoi l’argent a-t-il surperformé l’or ?
La double identité de l’argent, à la fois actif financier et industriel, joue un rôle clé. Sur le plan financier, l’argent, comme l’or, bénéficie du reflux des anticipations de hausse des taux et d’un dollar plus faible. Sur le plan industriel, ses nombreuses applications dans le photovoltaïque et les véhicules à nouvelles énergies font que son prix est aussi influencé par l’évolution de la demande industrielle. La logique de retour à la moyenne du ratio or/argent oriente les capitaux vers l’argent jugé sous-évalué.
Q3 : En quoi l’or et le Bitcoin diffèrent-ils dans leur dimension refuge ?
L’or est la "devise refuge" classique, performant lors des conflits géopolitiques et des crises systémiques. Le Bitcoin, lui, se comporte davantage comme un "actif à bêta élevé" ou un instrument sensible à la liquidité, très influencé par l’appétit pour le risque et sa corrélation avec les actions américaines, chutant souvent avec les marchés actions lors des phases de panique. Depuis 2026, le Bitcoin affiche une baisse d’environ 28 % depuis le début de l’année, contre seulement 3,9 % pour l’or, et leur corrélation glissante sur un an est devenue négative.
Q4 : Quelle est la position technique actuelle de l’or ?
L’or a repris la SMA à 21 jours (environ 4 157 $), mais reste sous la SMA à 50 jours (environ 4 392 $), la SMA à 200 jours (environ 4 488 $) et la SMA à 100 jours (environ 4 628 $), avec de nombreuses résistances à franchir. Le "croisement de la mort" formé par le passage de la SMA à 50 jours sous la SMA à 200 jours continue de peser sur les acheteurs.
Q5 : Quelles sont les perspectives institutionnelles pour l’or ?
State Street Global prévoit que l’or pourrait atteindre 5 500 $ au premier trimestre 2027 ; CITIC Securities anticipe une fourchette de 4 000–4 500 $ l’once au troisième trimestre 2026 ; Goldman Sachs estime que "le rallye de l’or n’est pas terminé", voyant la récente consolidation comme une phase de respiration après une forte hausse de long terme. Dans une enquête menée auprès de 74 banques centrales, 64 % s’attendent à ce que le prix de l’or dépasse 5 000 $ l’once d’ici juin prochain.




