Le 6 mars, la Banque du Canada a annoncé les résultats de son projet pilote basé sur la blockchain, « Samara ». Cette expérimentation a permis d’émettre et de gérer avec succès une obligation gouvernementale tokenisée d’un montant de 100 millions de dollars canadiens. Grâce à la technologie de registre distribué, le cycle de vie complet de l’obligation, de l’émission à la négociation en passant par le règlement, a été réalisé, dans le but d’évaluer le potentiel d’application de la blockchain dans l’infrastructure des marchés financiers traditionnels.
Dans le cadre de ce projet, l’Export Development Canada (EDC) a agi en tant qu’émetteur de l’obligation, avec la participation de plusieurs grandes institutions financières, notamment RBC Capital Markets, RBC Investor Services, le Groupe TD Bank et TD Securities. Pendant le pilote, la transaction de l’obligation a été réglée via un dépôt central en dollars canadiens en mode wholesale, simulant un environnement financier réel où le système blockchain collabore avec la monnaie de la banque centrale. Cela constitue également l’un des exemples pratiques importants pour l’exploration par les banques centrales mondiales de la tokenisation des obligations et de l’infrastructure financière basée sur la blockchain.
Sur le plan technique, le projet Samara est construit sur la plateforme d’entreprise Hyperledger Fabric, et utilise un système dédié, le système Samara, pour gérer le processus de traitement des obligations. La plateforme couvre toutes les étapes, de l’émission de l’obligation, la mise en concurrence des investisseurs, le paiement des coupons, le rachat, jusqu’aux transactions sur le marché secondaire, avec un règlement instantané sur la chaîne. Le système adopte une architecture séparant le registre des obligations de celui de la trésorerie : les obligations existent sous forme d’actifs tokenisés sur le réseau blockchain, tandis que les paiements sont effectués via un dépôt central enregistré dans un registre distinct, permettant le règlement.
Afin de réduire les risques liés à l’expérimentation, la durée de l’obligation a été fixée à moins de trois mois, et elle a été émise uniquement à l’attention d’un nombre limité d’investisseurs institutionnels approuvés. Des organismes de régulation tels que la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario, l’Autorité des marchés financiers et l’Organisme canadien de surveillance des investissements ont participé à l’approbation et à la supervision de ce projet pilote.
Les résultats du test ont montré que la blockchain peut considérablement améliorer la transparence et l’intégrité des données sur le marché obligataire. Toutes les transactions sont stockées de manière immuable dans le registre distribué, et le mécanisme de règlement instantané réduit le risque de contrepartie associé aux cycles de compensation traditionnels. De plus, les processus qui nécessitaient auparavant la participation de plusieurs intermédiaires peuvent désormais être réalisés directement sur le réseau blockchain, augmentant ainsi l’efficacité du fonctionnement des marchés de capitaux.
Cependant, la Banque du Canada reste prudente quant à l’adoption à grande échelle des obligations tokenisées. Les régulateurs soulignent que le système financier doit encore résoudre des questions telles que l’intégration des infrastructures, la mise à niveau des systèmes des participants au marché et la construction d’un cadre réglementaire avant une adoption généralisée des actifs basés sur la blockchain. Bien que le projet Samara en soit encore à la phase expérimentale, cette initiative montre que la technologie blockchain s’intègre progressivement dans le système financier traditionnel, et que les actifs tokenisés pourraient jouer un rôle de plus en plus important dans les marchés financiers futurs.