Les petites et moyennes entreprises (PME) vénézuéliennes font face à une pénurie croissante de dollars américains début 2026, avec un volume d’enchères officielles en baisse de 13 % par rapport à la même période en 2025, obligeant de nombreuses entreprises à augmenter leurs prix et à se tourner vers la cryptomonnaie pour sécuriser leurs importations, selon des interviews avec des propriétaires d’entreprises et des groupes industriels.
Les enchères officielles de dollars, de mi-janvier à début mars, ont totalisé 1,3 milliard de dollars, en baisse par rapport à l’année précédente, même si les ventes de pétrole ont augmenté suite à un changement de politique des États-Unis envers le Venezuela. La rareté a particulièrement affecté les petites entreprises, qui déclarent être exclues des enchères officielles favorisant les grandes entreprises alimentaires, de santé et de boissons, les poussant vers des marchés d’échange non officiels où les taux sont moins favorables, ainsi que vers les cryptomonnaies comme canal de paiement alternatif.
Les groupes industriels avertissent que la pénurie de devises menace de compromettre la fragile reprise économique du Venezuela, 58 % des propriétaires de PME de taille moyenne citant le manque de devises étrangères comme un obstacle à la production.
Malgré l’augmentation des ventes de pétrole après le renversement du président Nicolás Maduro en janvier 2025, les dollars disponibles via les enchères officielles ont diminué. Selon des analystes locaux, les enchères de mi-janvier à début mars 2026 ont totalisé 1,3 milliard de dollars, soit 13 % de moins que la même période en 2025. On s’attendait à ce qu’une économie en proie à l’hyperinflation et à un potentiel investissement américain se stabilise, rendant les dollars plus abondants, mais le contraire s’est produit.
Selon cinq sources proches du processus d’enchères, de grandes entreprises alimentaires, de santé, de boissons et chimiques bénéficient d’un accès préférentiel aux dollars, laissant de nombreuses PME — y compris des fabricants de médicaments, des producteurs chimiques, des entreprises de plastiques et des fournisseurs de technologie — sans rien. Des propriétaires d’entreprises ont rapporté que leurs offres étaient rejetées à plusieurs reprises sans explication, les obligeant à chercher d’autres sources de devises étrangères.
Un propriétaire d’usine pharmaceutique a confié à Reuters que ses offres pour des dollars lors des enchères officielles avaient été rejetées trois fois sans explication, le forçant à se tourner vers des marchés non officiels où les taux de change sont moins favorables, ce qui a finalement augmenté le prix de ses médicaments pour couvrir les coûts.
Le taux de change plus faible sur le marché non officiel a contribué à l’inflation du Venezuela, qui atteint actuellement environ 600 %. Les propriétaires d’entreprises déclarent être contraints d’augmenter les prix de produits allant des médicaments aux matériaux de peinture en raison du coût plus élevé pour obtenir des dollars par des canaux non officiels.
En raison des sanctions en cours, les banques vénézuéliennes restent largement coupées du système financier mondial, rendant les virements et plateformes de paiement internationales inaccessibles à de nombreuses entreprises. Les dollars issus des exportations pétrolières du pays sont mis aux enchères par les banques locales, avec des allocations déterminées par la banque centrale et les banques correspondantes étrangères.
Les petites et moyennes entreprises rencontrent également des difficultés à passer le filtrage des banques correspondantes étrangères, qui examinent de près les transactions vénézuéliennes et exigent des informations détaillées sur les clients potentiels. Les contrôles de la banque centrale ajoutent une couche supplémentaire de complexité.
Face à l’impossibilité d’accéder aux enchères officielles de dollars et aux canaux bancaires bloqués, certaines entreprises vénézuéliennes se tournent vers la cryptomonnaie pour acheter des biens importés. Un homme d’affaires a décrit la cryptomonnaie comme le marché alternatif pour ceux qui ne peuvent pas accéder aux enchères officielles, notant qu’il espérait qu’un afflux accru de devises étrangères signifierait que la cryptomonnaie ne serait utilisée qu’en cas d’urgence, mais cela ne s’est pas concrétisé.
Les cryptomonnaies ont déjà offert une bouée de sauvetage aux entreprises vénézuéliennes lors de périodes d’instabilité économique. La pénurie actuelle a entraîné un retour hésitant aux actifs numériques comme solution pratique pour les entreprises incapables d’obtenir des dollars par des canaux officiels.
La pénurie de devises fortes pour les PME pourrait freiner la reprise économique fragile du Venezuela, car ces entreprises fournissent des services et des intrants aux grandes sociétés, selon le président de Conindustria, Tito Lopez. Sans approvisionnement régulier en devises étrangères, les analystes avertissent que la stabilisation du marché ne peut être garantie et que l’activité économique pourrait faiblir sans un apport financier suffisant.
Les États-Unis ont exhorté à augmenter les investissements dans les secteurs du pétrole, du gaz et de l’exploitation minière du Venezuela depuis le changement de gouvernement, réalisant 2 milliards de dollars de ventes de brut. Lors d’une visite à Caracas en mars, le secrétaire américain de l’Intérieur, Doug Burgum, a déclaré que des efforts étaient en cours pour augmenter les flux de capitaux et aider à stabiliser la monnaie locale, le bolivar, en disant : « Tout ce que nous pouvons faire pour aider à créer une monnaie stable où les citoyens ne seraient pas affectés par les effets négatifs de l’hyperinflation serait très positif. »
Malgré l’augmentation des ventes de pétrole suite aux changements de politique des États-Unis, les volumes d’enchères officielles de dollars ont diminué de 13 % par rapport à la même période en 2025. Les analystes pointent du doigt des pratiques d’allocation qui privilégient les grandes entreprises, laissant les petites entreprises incapables d’accéder aux dollars via les canaux officiels. Les sanctions bancaires et le filtrage strict par les banques correspondantes restreignent davantage l’accès aux devises étrangères.
De nombreuses PME se tournent vers des marchés d’échange non officiels, où les taux sont moins favorables, et vers la cryptomonnaie comme canal de paiement alternatif pour les biens importés. Le coût plus élevé pour sécuriser des dollars a obligé ces entreprises à augmenter les prix des biens de consommation, contribuant à l’inflation.
La pénurie de dollars pour les PME menace de compromettre la fragile reprise économique du Venezuela, car ces entreprises fournissent des services essentiels et des intrants aux grandes sociétés. Sans approvisionnement régulier en devises étrangères, les analystes avertissent que la stabilisation du marché ne peut être garantie et que l’activité économique pourrait faiblir.