Les marchés mondiaux du cacao connaissent des vents contraires importants, alors qu’une combinaison d’approvisionnements abondants et d’une demande en déclin continue d’exercer une pression à la baisse sur les prix. Ce changement marque un retournement spectaculaire par rapport aux années précédentes, remodelant fondamentalement l’économie de la production et de la culture du chocolat.
Performance du marché et effondrement des prix
Les contrats à terme sur le cacao ont entamé une baisse soutenue qui ne montre aucun signe immédiat de reversal. Lors des récentes transactions, les contrats de mars sur les deux bourses ont prolongé leur momentum baissier — le contrat de New York atteignant un plus bas en 2,25 ans et celui de Londres un plus bas en 2,5 ans. Cela représente plus d’un mois de dégradation des valorisations, signalant une faiblesse persistante du sentiment des acheteurs.
L’ampleur de ce retournement est particulièrement frappante comparée à la dynamique du marché il y a seulement deux ans. L’Organisation Internationale du Cacao avait précédemment identifié un déficit massif de 494 000 tonnes métriques en 2023/24 — le plus grand déficit en plus de 60 ans — qui avait entraîné des prix à des niveaux insoutenables. La réalité d’aujourd’hui est fondamentalement différente, le marché passant d’une rareté aiguë à une surabondance.
Abondance d’approvisionnement face à faiblesse de la demande
La convergence d’approvisionnements cacao abondants et d’une demande en chute libre a créé une tempête parfaite pour la faiblesse des prix. Du côté de l’offre, les prévisions de StoneX projettent des excédents importants : 287 000 tonnes pour la saison 2025/26 et 267 000 tonnes pour 2026/27. L’Organisation Internationale du Cacao a rapporté que les stocks mondiaux de cacao ont augmenté de 4,2 % en glissement annuel pour atteindre 1,1 million de tonnes métriques, confirmant davantage la situation de surapprovisionnement.
Les pressions sur la demande se sont avérées tout aussi sévères. La résistance des consommateurs face à des prix élevés du chocolat modifie les habitudes d’achat dans tous les grands marchés. Barry Callebaut AG, le plus grand transformateur de chocolat au monde, a signalé une chute de 22 % du volume des ventes dans sa division cacao lors du dernier trimestre, attribuant explicitement cette baisse à « une demande de marché négative et à une priorisation du volume vers des segments à plus forte rentabilité ». Cette évaluation franche révèle comment la pression sur les prix a fondamentalement modifié le calcul commercial.
L’activité de broyage — la principale mesure de la consommation réelle de cacao — confirme cette faiblesse. Les triturations de cacao en Europe ont chuté de 8,3 % en glissement annuel pour atteindre 304 470 tonnes au quatrième trimestre, dépassant largement les attentes d’une baisse de 2,9 % et marquant le plus bas niveau de traitement au quatrième trimestre en 12 ans. En Asie, les triturations ont diminué de 4,8 % en glissement annuel pour atteindre 197 022 tonnes. Même sur le marché nord-américain, traditionnellement stable, les triturations n’ont augmenté que de 0,3 %, atteignant 103 117 tonnes, reflétant une consommation modérée dans toutes les régions principales.
Accumulation de stocks : un indicateur baissier
Les stocks physiques détenus dans les ports américains ont rebondi de manière significative, renforçant la pression baissière. Après avoir atteint un plus bas de 10,5 mois à 1,6 million de sacs fin décembre, les stocks surveillés par ICE ont bondi à un sommet en 2,5 mois de 1,78 million de sacs à la mi-janvier. Cette accumulation de stocks précède généralement une nouvelle baisse des prix, alors que les fournisseurs tentent de liquider des positions surstockées.
Dynamiques de production régionales : focus sur l’Afrique
La situation de l’offre varie considérablement selon les régions, créant des implications divergentes pour les prix futurs. Les conditions de culture en Afrique de l’Ouest se sont nettement améliorées, avec la Côte d’Ivoire et le Ghana bénéficiant de conditions météorologiques favorables. Le nombre de cabosses de cacao dépasse d’environ 7 % la moyenne quinquennale et dépasse largement les niveaux de récolte de l’année dernière. Les deux pays rapportent des cabosses plus grosses et en meilleure santé, ce qui suggère que la récolte de février-mars renforcera cette dynamique.
Paradoxalement, cette abondance d’approvisionnement a suscité une réaction inattendue : les agriculteurs ouest-africains réduisent activement leurs expéditions en protestation contre les prix faibles. Les exportations de la Côte d’Ivoire ont atteint 1,20 million de tonnes métriques jusqu’à fin janvier dans l’année de commercialisation en cours, en baisse de 3,2 % par rapport à 1,24 million de tonnes métriques à la même période l’année précédente. Il s’agit d’une stratégie délibérée du plus grand producteur de cacao mondial pour retenir des approvisionnements dans l’espoir de soutenir les prix.
Le Nigeria, cinquième plus grand producteur mondial, voit ses approvisionnements se contracter plus fortement. Les exportations de novembre ont chuté de 7 % en glissement annuel pour atteindre 35 203 tonnes, tandis que les projections indiquent que la production 2025/26 diminuera de 11 %, à 305 000 tonnes. Cette contraction régionale offre un certain soutien aux prix, bien qu’insuffisant pour compenser le surplus mondial.
Perspectives changeantes et implications futures
La situation structurelle du marché a considérablement évolué depuis la fin 2024. L’Organisation Internationale du Cacao avait initialement estimé un léger surplus de 49 000 tonnes pour 2024/25 en décembre, marquant le premier surplus en quatre ans après des années de conditions tendues dues à des déficits. Par ailleurs, Rabobank a récemment réduit sa prévision de surplus pour 2025/26 à 250 000 tonnes, contre 328 000 tonnes dans ses prévisions de novembre, suggérant un resserrement potentiel dans les années à venir.
Cette transition d’un déficit historique à une abondance persistante a fondamentalement modifié la psychologie des investisseurs. Les prix, qui avaient grimpé à des niveaux punitifs durant les années de déficit, ont abandonné ces gains alors que la réalité d’une offre abondante devient indéniable. Sans une perturbation majeure de la production en Afrique de l’Ouest ou un retournement spectaculaire de la demande des consommateurs, le marché du cacao semble destiné à continuer de subir la pression d’une offre excédentaire par rapport aux besoins réels de consommation.
Voir l'original
Cette page peut inclure du contenu de tiers fourni à des fins d'information uniquement. Gate ne garantit ni l'exactitude ni la validité de ces contenus, n’endosse pas les opinions exprimées, et ne fournit aucun conseil financier ou professionnel à travers ces informations. Voir la section Avertissement pour plus de détails.
Marché du cacao sous pression : comment des approvisionnements abondants et une demande en baisse redéfinissent les prix
Les marchés mondiaux du cacao connaissent des vents contraires importants, alors qu’une combinaison d’approvisionnements abondants et d’une demande en déclin continue d’exercer une pression à la baisse sur les prix. Ce changement marque un retournement spectaculaire par rapport aux années précédentes, remodelant fondamentalement l’économie de la production et de la culture du chocolat.
Performance du marché et effondrement des prix
Les contrats à terme sur le cacao ont entamé une baisse soutenue qui ne montre aucun signe immédiat de reversal. Lors des récentes transactions, les contrats de mars sur les deux bourses ont prolongé leur momentum baissier — le contrat de New York atteignant un plus bas en 2,25 ans et celui de Londres un plus bas en 2,5 ans. Cela représente plus d’un mois de dégradation des valorisations, signalant une faiblesse persistante du sentiment des acheteurs.
L’ampleur de ce retournement est particulièrement frappante comparée à la dynamique du marché il y a seulement deux ans. L’Organisation Internationale du Cacao avait précédemment identifié un déficit massif de 494 000 tonnes métriques en 2023/24 — le plus grand déficit en plus de 60 ans — qui avait entraîné des prix à des niveaux insoutenables. La réalité d’aujourd’hui est fondamentalement différente, le marché passant d’une rareté aiguë à une surabondance.
Abondance d’approvisionnement face à faiblesse de la demande
La convergence d’approvisionnements cacao abondants et d’une demande en chute libre a créé une tempête parfaite pour la faiblesse des prix. Du côté de l’offre, les prévisions de StoneX projettent des excédents importants : 287 000 tonnes pour la saison 2025/26 et 267 000 tonnes pour 2026/27. L’Organisation Internationale du Cacao a rapporté que les stocks mondiaux de cacao ont augmenté de 4,2 % en glissement annuel pour atteindre 1,1 million de tonnes métriques, confirmant davantage la situation de surapprovisionnement.
Les pressions sur la demande se sont avérées tout aussi sévères. La résistance des consommateurs face à des prix élevés du chocolat modifie les habitudes d’achat dans tous les grands marchés. Barry Callebaut AG, le plus grand transformateur de chocolat au monde, a signalé une chute de 22 % du volume des ventes dans sa division cacao lors du dernier trimestre, attribuant explicitement cette baisse à « une demande de marché négative et à une priorisation du volume vers des segments à plus forte rentabilité ». Cette évaluation franche révèle comment la pression sur les prix a fondamentalement modifié le calcul commercial.
L’activité de broyage — la principale mesure de la consommation réelle de cacao — confirme cette faiblesse. Les triturations de cacao en Europe ont chuté de 8,3 % en glissement annuel pour atteindre 304 470 tonnes au quatrième trimestre, dépassant largement les attentes d’une baisse de 2,9 % et marquant le plus bas niveau de traitement au quatrième trimestre en 12 ans. En Asie, les triturations ont diminué de 4,8 % en glissement annuel pour atteindre 197 022 tonnes. Même sur le marché nord-américain, traditionnellement stable, les triturations n’ont augmenté que de 0,3 %, atteignant 103 117 tonnes, reflétant une consommation modérée dans toutes les régions principales.
Accumulation de stocks : un indicateur baissier
Les stocks physiques détenus dans les ports américains ont rebondi de manière significative, renforçant la pression baissière. Après avoir atteint un plus bas de 10,5 mois à 1,6 million de sacs fin décembre, les stocks surveillés par ICE ont bondi à un sommet en 2,5 mois de 1,78 million de sacs à la mi-janvier. Cette accumulation de stocks précède généralement une nouvelle baisse des prix, alors que les fournisseurs tentent de liquider des positions surstockées.
Dynamiques de production régionales : focus sur l’Afrique
La situation de l’offre varie considérablement selon les régions, créant des implications divergentes pour les prix futurs. Les conditions de culture en Afrique de l’Ouest se sont nettement améliorées, avec la Côte d’Ivoire et le Ghana bénéficiant de conditions météorologiques favorables. Le nombre de cabosses de cacao dépasse d’environ 7 % la moyenne quinquennale et dépasse largement les niveaux de récolte de l’année dernière. Les deux pays rapportent des cabosses plus grosses et en meilleure santé, ce qui suggère que la récolte de février-mars renforcera cette dynamique.
Paradoxalement, cette abondance d’approvisionnement a suscité une réaction inattendue : les agriculteurs ouest-africains réduisent activement leurs expéditions en protestation contre les prix faibles. Les exportations de la Côte d’Ivoire ont atteint 1,20 million de tonnes métriques jusqu’à fin janvier dans l’année de commercialisation en cours, en baisse de 3,2 % par rapport à 1,24 million de tonnes métriques à la même période l’année précédente. Il s’agit d’une stratégie délibérée du plus grand producteur de cacao mondial pour retenir des approvisionnements dans l’espoir de soutenir les prix.
Le Nigeria, cinquième plus grand producteur mondial, voit ses approvisionnements se contracter plus fortement. Les exportations de novembre ont chuté de 7 % en glissement annuel pour atteindre 35 203 tonnes, tandis que les projections indiquent que la production 2025/26 diminuera de 11 %, à 305 000 tonnes. Cette contraction régionale offre un certain soutien aux prix, bien qu’insuffisant pour compenser le surplus mondial.
Perspectives changeantes et implications futures
La situation structurelle du marché a considérablement évolué depuis la fin 2024. L’Organisation Internationale du Cacao avait initialement estimé un léger surplus de 49 000 tonnes pour 2024/25 en décembre, marquant le premier surplus en quatre ans après des années de conditions tendues dues à des déficits. Par ailleurs, Rabobank a récemment réduit sa prévision de surplus pour 2025/26 à 250 000 tonnes, contre 328 000 tonnes dans ses prévisions de novembre, suggérant un resserrement potentiel dans les années à venir.
Cette transition d’un déficit historique à une abondance persistante a fondamentalement modifié la psychologie des investisseurs. Les prix, qui avaient grimpé à des niveaux punitifs durant les années de déficit, ont abandonné ces gains alors que la réalité d’une offre abondante devient indéniable. Sans une perturbation majeure de la production en Afrique de l’Ouest ou un retournement spectaculaire de la demande des consommateurs, le marché du cacao semble destiné à continuer de subir la pression d’une offre excédentaire par rapport aux besoins réels de consommation.