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Après Bob Iger : les coulisses de la sélection du successeur dirigée par James Gorman chez Disney
À l’arrière-plan de la fin du contrat de Bob Iger à la fin de cette année, Disney fait face à sa plus grave crise de gestion depuis longtemps. Après plusieurs années depuis son retour mystérieux il y a quatre ans, son départ est sur le point de provoquer des remous dans l’ensemble de l’industrie du divertissement. Afin de ne pas répéter les échecs et la confusion liés au changement de CEO passé, le conseil d’administration de Disney a pris une décision ferme : nommer James Gorman, ancien CEO de Morgan Stanley, à la présidence.
L’arrivée de Gorman chez Disney est due à la véritable crise que traverse la société. Dans un secteur du divertissement en pleine mutation, sous pression des investisseurs activistes, le cours de l’action reste faible. Le conseil d’administration sait qu’il n’a pas le luxe de rater une transition de leadership.
Contexte de la fin de l’accord de Bob Iger et l’arrivée de Gorman
Bob Iger, en poste depuis 2005 en tant que CEO, a mené Disney au sommet de l’industrie grâce à des acquisitions stratégiques de Pixar, Marvel et Lucasfilm. Cependant, la guerre du streaming et le déclin rapide de la télévision ces dernières années ont repoussé à plusieurs reprises la succession.
Gorman, devenu président de Disney il y a un an, est un Australien de 67 ans, ancien CEO de Morgan Stanley pendant 14 ans, notamment après la crise financière de 2008, où il a restructuré l’entreprise et assuré une transition générationnelle fluide en décembre 2024. Erica James, doyenne de la Wharton School, souligne : « Très peu de leaders peuvent aussi habilement gérer une transition de leadership. »
Le choix de Gorman est clair : il doit résoudre le plus grand défi auquel Disney est confronté. Wall Street et les investisseurs attendent une gouvernance capable de piloter la société dans une phase critique.
Leçons tirées des échecs passés de succession : l’exemple de Bob Chapek
Fin 2021, Bob Iger a annoncé sa retraite comme prévu. Son successeur, Bob Chapek, a été nommé, mais moins d’un an plus tard, il a été démis, forçant Iger à revenir pour une période inattendue de quatre ans.
Les raisons de l’échec de Chapek sont complexes. Il a été promu CEO au début de la pandémie de COVID-19, lorsque les cinémas et parcs à thème de Disney ont été temporairement fermés. La tentative du conseil de partager le pouvoir avec Iger a créé des conflits internes, affaiblissant la direction. Les oppositions politiques avec le gouverneur de Floride et la hausse des pertes dans le secteur du streaming ont aussi contribué à la critique acerbe contre Chapek.
David Rooker, directeur du Stanford Institute for Corporate Governance, commente : « La succession chez Disney a été tumultueuse et parfois embarrassante pour une grande entreprise. »
Ce fiasco symbolise toute l’histoire des changements de leadership chez Disney. Les échecs de Michael Eisner dans les années 1980, ou celui de Tom Staggs en 2015, illustrent les difficultés de la société à assurer une transition fluide. Iger lui-même, après avoir nommé Staggs COO, a prolongé son propre mandat à plusieurs reprises, finissant par le faire partir.
Le processus de sélection du successeur sous la direction de Gorman : quatre candidats et un nouveau système
Cette fois, Disney a tiré des leçons du passé. Un comité dédié à la succession a été créé, avec Gorman comme président, évaluant rigoureusement les candidats aux côtés de Mary Barra (GM), Calvin McDonald (Lululemon), Jeremy Darroch (ex-Sky).
Quatre cadres internes se disputent la succession. Le favori est Josh D’Amaro, à la tête des parcs Disney, un leader charismatique avec 27 ans d’expérience, qui pilote un projet d’expansion de 60 milliards de dollars et bénéficie du soutien de Wall Street. La directrice du streaming, Dana Walden, est aussi une candidate sérieuse ; si elle est choisie, elle deviendra la première femme CEO de Disney, qui fête ses 102 ans. Parmi les autres candidats figurent Alan Bergman, responsable des studios de cinéma, et Jimmy Pitaro, président d’ESPN.
Les critères d’évaluation sont stricts : compétences, résilience, capacité à séduire le public, mais aussi qualités intangibles pour faire face aux défis actuels.
Les enjeux principaux pour l’industrie sont :
Défis et attentes pour le prochain CEO
Le futur leader de Disney devra diriger une entreprise aimée de millions, employant 230 000 personnes. La mission est extrêmement complexe et multidimensionnelle.
Il devra assurer la rentabilité de Disney+, renforcer la valeur des studios et des franchises principales, revitaliser les parcs à thème, superviser la construction d’un nouveau resort à Abu Dhabi, tout en utilisant l’intelligence artificielle sans nuire à la valeur des personnages emblématiques de la marque.
Une promotion interne pourrait entraîner le départ des trois autres candidats non retenus. Lors de l’arrivée de Chapek, Kevin Mayer, à la tête du streaming, a rapidement quitté l’entreprise. Le conseil pourrait envisager la création d’un poste de co-présidents pour éviter un vide de leadership. Robert Fishman, analyste chez MoffettNathanson, explique : « Disney est à un tournant. Il faut montrer aux investisseurs que le contenu premium, la valeur des parcs et la stratégie de streaming peuvent générer de grands retours. »
L’empire Disney, construit par Iger, se prépare à une nouvelle dynamique sous une nouvelle direction.
Application du modèle de succession éprouvé chez Morgan Stanley
Gorman souhaite appliquer chez Disney le modèle de succession testé chez Morgan Stanley, où un processus rigoureux s’étalait sur plusieurs années. Les candidats passaient beaucoup de temps avec le conseil, partageant des décisions complexes.
En octobre 2023, Ted Pick a été nommé CEO de Morgan Stanley, après que deux autres finalistes aient été promus co-CEO, recevant d’importants bonus de rétention. Le conseil de Disney pourrait suivre une approche similaire.
Erica James explique : « Gorman a abordé la succession avec empathie. Il comprenait que cela impliquait des personnes réelles, y compris les actionnaires, les employés et les candidats. »
Gorman lui-même souligne : « Tout commence par une question simple : veux-tu vraiment quitter ton poste en tant que leader ? J’ai voulu le faire, et c’est pourquoi la succession a réussi. »
Changement rapide dans la structure de l’industrie et attentes pour le nouveau CEO
En fin 2022, lorsque Bob Iger est revenu, l’industrie du divertissement avait profondément changé. Wall Street ne valorisait plus autant les investissements dans le streaming, privilégiant la rentabilité et l’efficacité. Le cours de l’action Disney, qui atteignait près de 200 dollars en mars 2021, oscille désormais autour de 111 dollars.
Le nouveau CEO doit posséder une vision capable de répondre à cette transformation fondamentale. Erica James souligne : « Il y a de grands bouleversements économiques, géopolitiques et culturels. Les leaders doivent faire face à des crises constantes et trouver une stabilité. »
La succession de Bob Iger ne se limite pas à un simple changement de personnel : elle implique une refonte de l’empire Disney. La démarche menée par James et Gorman, en tirant parti des leçons du passé, devra faire preuve de plus de transparence et d’efficacité, pour déterminer le destin futur de Disney.